La France est exhortée d’interdire les importations de trophées de chasse d’espèces protégées au niveau international, après qu’une récente étude révèle que le pays est le sixième plus gros importateur de l’UE

La France importe des centaines de trophées de chasse, issus de léopards, lions et d’éléphants d'Afrique

Humane Society Internationale / Europe


Cathy Smith

PARIS—Un nouveau rapport, publié lors de la semaine marquant le sixième anniversaire du massacre de Cecil le lion au Zimbabwe par un chasseur de trophées américain, révèle que l’Union européenne est le deuxième importateur mondial de trophées de chasse après les États-Unis, la France étant le sixième plus gros importateur de l’UE. « La Chasse aux trophées en chiffres », publié par Humane Society International/Europe, montre que les pays de l’UE ont importé près de 15 000 trophées de chasse de 73 espèces protégées au niveau international entre 2014 et 2018, soit une moyenne de près de 3 000 trophées chaque année, notamment de lions d’Afrique, d’ éléphants d’Afrique et de rhinocéros noirs reconnus « en danger critique » d’extinction. Des zèbres, des guépards, des moutons d’Argali listés comme « quasi menacés » en Asie et des ours polaires classés comme « vulnérables » à l’extinction ont également été importés. L’Allemagne, l’Espagne et le Danemark à eux seuls représentent 52 % de tous les trophées de chasse importés par l’UE. Au cours de la période analysée de cinq ans, l’UE a importé des trophées de chasse issus de 889 lions d’Afrique, dont 229 étaient des lions sauvages comme Cecil. Au cours de l’année précédant l’interdiction de 2015 d’importer des trophées de lions d’Afrique, la France a importé 20 trophées de lions d’Afrique, dont 65 % provenaient de lions élevés et abattus en captivité en Afrique du Sud, une pratique quisemble désormais devoir être interdite.

Au cours de cette période de cinq ans, la France a importé 752 trophées de chasse de 36 espèces de mammifères inscrites à la CITES. La France est notamment le premier pays importateur dans l’UE de trophées de léopard d’Afrique, de guépard et de lynx d’Eurasie, représentant respectivement 25 %, 22 % et 25 % du total des importations européennes de ces espèces dans l’UE. La France est également le quatrième pays importateur de trophées d’ours bruns, principalement en provenance de Russie. La France est le seul pays de l’UE à avoir importé des trophées de chasse de narvals, et est l’un des rares pays de l’UE à avoir importé des trophées de rhinocéros noirs et d’addax, des espèces « en danger critique d’extinction ». Elle est aussi le troisième pays importateur de trophées d’éléphants d’Afrique, de loups gris, d’hippopotames et d’oryx cimeterre – une antilope africaine éteinte à l’état sauvage et élevée uniquement en captivité.

Bien que les journalistes aient tendance à se concentrer sur les incidents très médiatisés de la chasse aux trophées aux États-Unis, comme le meurtre de Cecil par le dentiste Walter Palmer ou le selfie de la girafe tuée par Rebecca Francis, le rapport de HSI montre que le rôle des chasseurs de trophées européens est souvent négligé. Les Européens se rendent régulièrement dans des pays étrangers pour tuer des espèces emblématiques, et rapportent les parties du corps de l’animal pour les exposer chez eux.

L’analyse exhaustive par HSI des données commerciales de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) montre qu’une moyenne de 2 982 trophées sont importés dans l’UE chaque année, soit plus de huit trophées par jour. Le nombre d’importations de trophées n’a cessé d’augmenter avec une accélération de près de 40 % entre 2014 et 2018, et ce malgré des sondages d’opinion qui révèlent que la grande majorité des citoyens de l’UE (plus de 80 %) s’oppose à la chasse aux trophées et veut mettre fin aux importations de trophées dans l’UE. En 2017, l’Ifop a réalisé un sondage pour le compte de la Fondation Brigitte Bardot révélant que 89 % des citoyens français étaient favorables à l’interdiction de l’importation de trophées de chasse en France.

Les statistiques d’importation de trophées de chasses dans l’UE pour des animaux individuels (2014-2018), comprennent:

Espèces Importations dans l‘UE Importations en France
Zèbres de montagne de
Hartmann
3.119 5
Babouins chacma 1.751 3
Ours noirs américains 1.415 16
Ours bruns 1.056 83
Eléphants d’Afrique 952 121
Lions d‘Afrique 889 20
Léopard d’Afrique 839 210
Hippopotames 794 113
Guépards 297 67
Oryx cimeterres 210 26
Ours polaires 65 5
Lynx d‘Eurasie 16 4
Addax 6 1
Rhinocéros noirs 6 1
Narvals 2 2

L’Allemagne, l’Espagne, le Danemark, l’Autriche, la Suède, la France, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie sont les principaux États membres de l’UE qui importent des trophées de chasse, tandis que la Namibie, l’Afrique du Sud, le Canada, la Russie, l’Argentine, le Kirghizstan et les États-Unis représentent les principaux pays exportateurs de trophées de chasse vers l’UE. L’Espagne, la Pologne, la Hongrie, l’Allemagne et la République tchèque sont les principaux importateurs de trophées de lions issus de la captivité.

Cassie Bodin, de Humane Society International/Europe, déclare : “Les chasseurs de trophées européens tuent pour le plaisir des milliers d’animaux sauvages dans le monde, y compris des espèces menacées ou en danger d’extinction, et la France est une destination importante pour ces trophées. Outre la cruauté de la chasse aux trophées, alors que le monde est confronté à une crise de la biodiversité, il est irresponsable de permettre aux riches élites de tirer sur des espèces menacées seulement par plaisir. Le fait de pouvoir abattre, empailler, empaqueter et faire expédier chez soi les parties du corps d’un animal pour les exposer est une motivation majeure pour ces chasseurs. Si davantage de pays de l’UE interdisaient les importations de trophées de chasse, cela contribuerait efficacement à mettre un terme au massacre. Nous demandons instamment à la France d’étendre son interdiction d’importation de trophées de lions d’Afrique à toutes les espèces abattues par plaisir à l’étranger et envoyées par avion en France dans le but qu’elles finissent comme un objet macabre de décoration.”

La chasse aux trophées n’a pas grand-chose à voir avec la conservation des espèces animales ou le soutien aux communautés locales. Les chasseurs de trophées paient d’énormes sommes d’argent pour tuer les animaux les plus forts et les plus impressionnants par simple esprit de satisfaction personnelle, pour pouvoir exhiber les animaux morts et se vanter de leur prétendu accomplissement. Ils inscrivent leurs exploits dans des registres tenus par des organisations de chasseurs de trophées comme le Safari Club International, qui attribue des points pour avoir tué les plus gros animaux. Des études montrent qu’en général, seuls 3 % de l’argent provenant de la chasse au trophée parviennent jusqu’aux communautés locales. L’éco-tourisme d’observation de la faune sauvage génère bien plus de revenus et d’emplois pour soutenir la conservation des espèces sauvages et les emplois locaux.

Cassie Bodin de HSI/Europe déclare : “Tuer les animaux les plus grands ou les plus forts, qui jouent un rôle écologique important en matière de diversité génétique et de résilience, met en péril la conservation des espèces, perturbe leurs structures sociales et affaiblit le patrimoine génétique des animaux sauvages déjà confrontés à une myriade de menaces. L’argument de la conservation est une imposture utilisée par des personnes qui savent qu’il est peu recommandable d’admettre qu’elles aiment tuer des animaux simplement pour le plaisir et pour prendre des selfies de mauvais goût. Compte tenu de l’importance de l’enjeu et de l’opposition de la grande majorité des citoyens européens face au massacre, il est temps que les États membres de l’UE interdisent les importations de trophées de chasse.”

De plus en plus de pays européens prennent des mesures, certes limitées, pour freiner les importations de trophées de chasse. Outre l’interdiction par la France sur les importations de trophées de lions en 2015, les Pays-Bas ont interdit les importations de trophées de plus de 200 espèces en 2016. En février 2021, le Premier ministre britannique a exprimé l’intention de son gouvernement de mettre fin à l’importation de trophées, et en mars de cette année, le parlement finlandais a présenté une motion proposant une interdiction sur l’importation de trophées. HSI/Europe estime que son rapport, révélant la mesure choquante de la participation des pays de l’UE dans l’industrie mondiale de la chasse aux trophées, devrait inspirer les États membres à introduire des interdictions complètes aussi rapidement que possible.

HSI/Europe invite ses sympathisants à rejoindre le mouvement visant à interdire l’importation dans l’UE de trophées de chasse d’espèces protégées au niveau international.

INVITATION AUX MÉDIAS

Le 30 juin, HSI/Europe organisera un webinaire intitulé “Chasse aux trophées : Outil de conservation, ou menace pour la faune sauvage ?” en collaboration avec MEPs for Wildlife et d’autres ONG. Le séminaire sera animé par Manuela Ripa, députée européenne (Verts/ALE, Allemagne), et comptera parmi ses invités Dr Audrey Delsink, biologiste spécialiste des éléphants à HSI Afrique, Dr Paula Kahumbu, PDG de WildlifeDirect, Lenin Tinashe Chisaira, avocat spécialiste de l’environnement, Jorge Rodriguez, de la DG Environnement, et Dr David Scallan, de la Fédération européenne des associations de chasseurs et trappeurs. Le webinaire posera la question de savoir si la chasse au trophée exerce une pression insoutenable sur les espèces menacées ou si, comme le prétendent ses défenseurs, elle contribue à leur conservation et bénéficie aux populations locales. Inscrivez-vous pour participer: https://www.eventbrite.co.uk/e/trophy-hunting-conservation-tool-or-a-threat-to-wildlife-tickets-155634080725

Vous pouvez trouver des images et vidéos en complément de ce communiqué de presse dans notre Newsroom.

Porte-parole de la France

Cassie Bodin, Legal consultant, HSI Europe #NotInMyWorld – Campaign against trophy hunting cbodin@hsi.org +33786325708

 

Contact – presse

Adeline Fischer, Communications Manager Europe – #NotInMyWorld – Campaign against trophy hunting afischer@hsi.org

+49 17631063219

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